Rencontre franco-espagnole de haut niveau

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Le Premier ministre, M. Dominique de Villepin, s’est rendu à Barcelone le lundi 17 octobre 2005, pour une rencontre franco-espagnole de haut niveau avec le chef du gouvernement espagnol, M. José Luis Rodriguez Zapatero.

Plusieurs ministres et présidents de régions des deux pays se sont associés à cette réunion de travail qui a porté sur les questions européennes et la coopération décentralisée.

Le Premier ministre était accompagné des ministres des Affaires étrangères, M. Philippe Douste-Blazy, des Transports, M. Dominique Perben, de l’Industrie, M. François Loos, de la Santé, M. Xavier Bertrand et de l’Aménagement du territoire, M. Christian Estrosi.

Les présidents de trois régions françaises (Aquitaine, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées) limitrophes ont également assisté à cette rencontre.

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Conférence de presse conjointe des deux chefs de gouvernement, donnée à l’issue des entretiens et tables rondes - Propos de M. de Villepin

« Merci José Luis, et permets-moi pour commencer de prononcer quelques mots en espagnol afin de te remercier pour cette nouvelle rencontre entre deux gouvernements. Je tiens également à remercier le président, Pasqual Maragall de nous accueillir ici en Catalogne et à Barcelone.
Notre rencontre témoigne de la relation exceptionnelle qui existe entre nos deux pays. Cette rencontre prépare le sommet qui se tiendra début novembre avec le Président de la République, Jacques Chirac.

Notre objectif, vous le connaissez, il s’agit de renforcer nos coopérations transfrontalières.
C’est la première fois que l’Etat, les autonomies et les régions frontalières se réunissent à ce niveau pour discuter de projets concrets.
Et je me réjouis de la présence ici de nos trois régions françaises - Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon - à travers leurs présidents pour rencontrer leurs homologues côté espagnol. C’est une question essentielle en effet que cette coopération puisque nous partageons depuis longtemps une frontière de 400 km, des populations qui, de chaque côté, ont un intérêt direct à ce que soient facilitées leurs relations quotidiennes.

Nous nous sommes fixés pour cette coopération trois priorités :

- La première, c’est le développement des transports.

Les liaisons terrestres, tout d’abord ; nous voulons faciliter les échanges en respectant deux impératifs : la protection de l’environnement et la diversification des moyens de transport, car il s’agit de soulager nos axes routiers. Plusieurs grands travaux sont en cours, en particulier la ligne TGV Perpignan-Figueras qui sera prolongée vers Montpellier et Nîmes pour aller plus loin et pour mieux répondre aux besoins. Nous avons adopté aujourd’hui un plan d’action assorti d’un calendrier qui nous permettra donc de mobiliser nos énergies de part et d’autre.

Nous devons également développer les liaisons maritimes ; c’est déjà le principal mode de transport des marchandises entre nos deux pays ? mais pour améliorer encore son efficacité, nous avons décidé l’ouverture d’une première ligne d’autoroute de la mer dès 2007.

- La deuxième priorité que nous nous sommes fixés, c’est la compétitivité de nos territoires :

Nos deux pays sont engagés dans des politiques de développement de la recherche et de l’innovation industrielle. C’est pour moi une priorité nationale. Et nous avons décidé d’établir des coopérations entre les « pôles de compétitivité » français et les « clusters » espagnols dans trois domaines prioritaires : les énergies renouvelables, l’aéronautique et les biotechnologies. Nous concentrons donc nos moyens et nos capacités de part et d’autre de la frontière pour créer des synergies qui sont dans l’intérêt de nos deux pays.

- La troisième priorité, c’est la santé :

Chacun doit pouvoir avoir accès à l’établissement de soins le plus proche, qu’il se trouve d’un côté ou de l’autre de la frontière : c’est le sens de la déclaration qui a été signée devant vous ce matin ;

Nous avons décidé d’aller encore plus loin en ouvrant prochainement un hôpital transfrontalier à Puigcerdá situé à 1km de la frontière, côté espagnol ; il offrira des soins aux 28.000 habitants, Espagnols et Français, de Cerdagne qui se trouvent à plus de 100 km des centres hospitaliers de Perpignan et de Barcelone.

Nous avons naturellement évoqué aussi la situation face à la grippe aviaire, nous souhaitons une coopération tant en matière bilatérale qu’au niveau européen puisque vous le savez il faut se mobiliser, en particulier vis-à-vis de la situation de l’Afrique compte tenu du mouvement des oiseaux migrateurs. Il est important de pouvoir aider les pays africains qui se trouvent confrontés eux aussi à ce défi. Nous voulons réfléchir et faire avancer cette idée avec nos partenaires européens.

Au-delà de ces trois sujets, le dialogue relancé aujourd’hui doit se poursuivre de façon concrète entre les collectivités, entre toutes les collectivités territoriales concernées. C’est pourquoi nous souhaitons, notamment, que la commission de suivi qui est prévue par le traité de Bayonne en 1995, se réunisse prochainement et avance sur les différents projets, en particulier, en ce qui concerne la coopération de proximité, dans le respect bien sûr, des compétences de chacun.

Mon entretien avec le président du gouvernement espagnol, m’a aussi permis d’évoquer plusieurs questions importantes pour nos deux pays. D’abord, bien sûr, l’Europe : nous sommes d’accord sur bien des points.

C’est vrai pour les perspectives financières : un accord d’ici la fin de l’année est indispensable ; sans budget, l’Europe ne peut pas avancer et la meilleure base pour y parvenir reste, nous en sommes convaincus, le paquet JUNCKER.

Nous souhaitons des projets concrets face à la mondialisation, des projets en matière d’énergie, nous sommes entrés dans l’ère de l’ « après-pétrole ». Il faut préparer cette période. En matière énergétique, l’Union Européenne a des perspectives de travail devant elle. C’est vrai aussi en matière de défense, c’est vrai dans le domaine de la politique de recherche et d’innovation.

Nous souhaitons aussi des réformes qui préservent les acquis du modèle social européen et ce sera, vous le savez, le thème du prochain conseil informel qui se réunira à Hampton Court.

Nous sommes d’accords pour travailler ensemble, le président Zapatero l’a dit, concernant la lutte contre l’immigration irrégulière :

En effet, nous souhaitons développer une approche globale sur ce sujet et c’est pour cela qu’en accord avec le Président de la République, nous présenterons un projet commun entre l’Espagne et la France, qui devra intégrer les différentes composantes d’une grande politique de l’immigration que nous souhaitons pouvoir se développer à l’échelle de l’Europe.

Il s’agira d’une politique de co-développement qui incitera les populations d’origine de l’immigration à rester dans leur propre pays. C’est un effort tout à fait important qu’il convient de faire en direction de ces pays, un effort de formation aussi pour permettre à ces populations d’acquérir le savoir-faire et les techniques qui leur permettent de se développer chez elles.

A côté de cette politique de coopération, de co-développement renouvelé, il faut bien sûr aussi avancer dans la voie d’une politique de sécurité, nous avons des intérêts partagés de part et d’autre dans la lutte contre le terrorisme, dans la lutte contre les trafics de drogue, dans la lutte contre le crime organisé.

Et puis nous avons des intérêts communs aussi en matière d’emploi. l’Europe aura des besoins accrus en matière de main d’œuvre dans les prochaines décennies et il importe donc qu’il y ait, dans le respect les uns et des autres, une prise en compte de nos situations respectives pour avancer dans le cadre d’une politique de l’emploi respectueuse de l’Afrique, respectueuse de chacun des pays.

Nous soutenons l’idée espagnole d’une conférence Europe/Afrique sur les migrations et il est essentiel pour nous d’avancer ; et il y a de ce point de vue dans le prochaines semaines, dans le prochain mois, beaucoup de travail à faire sur l’ensemble de ces sujets à l’échelle européenne.

L’autre grand sujet, c’est les négociations à l’OMC. Là aussi, nous partageons les mêmes préoccupations :
L’Europe doit maintenir sa cohésion pour assurer le succès de la réunion ministérielle de Hong-Kong. Il s’agit de négociations globales qui doivent aboutir à des résultats équilibrés dans tous les domaines.
Cela suppose que les négociateurs européens, d’une part, respectent leur mandat, en particulier pour préserver la Politique agricole commune et d’autre part, qu’ils suivent les procédures de consultation qui ont été prévues.

Ces exigences n’ont pas été respectées la semaine dernière, sur le sujet très sensible de l’accès au marché agricole. C’est ce qu’ont rappelé, dans un mémorandum adressé à la Commission, la France, l’Espagne et douze autres pays membres de l’Union européenne.

C’est pourquoi nous avons demandé que puisse se tenir, demain à Luxembourg une réunion exceptionnelle des Ministres des Affaires Etrangères avec la présence, pour ceux qui le souhaitent, des ministres de l’Agriculture.

Vous le voyez, nous avons bien travaillé pour faire avancer tous ces projets d’intérêt commun, la France et l’Espagne partagent une même amitié, une même ambition dans le cadre de l’Europe, et donc ce sont autant de raisons pour avancer ensemble et développer l’ensemble de nos coopérations bilatérales.

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Presse - Questions/Réponses

Q : Pour parler de la collaboration entre l’Espagne et la France, ces dernières années la collaboration en matière anti-terroriste a été très fructueuse. Aujourd’hui certains médias espagnols aimeraient une information à propos de l’ETA et de ce qui se passe en France. Je demande au Premier Ministre français de confirmer si M. Sarkozy a bien reçu un message de la bande terroriste ETA en expliquant que la France ne veut pas rester en marge d’un processus éventuel de fin de terrorisme négocié en Euskadi. Qu’en pensez-vous ?

En ce qui concerne la coopération en matière de lutte contre le terrorisme entre l’Espagne et la France, d’abord vous me permettrez de saluer le caractère exemplaire de cette coopération entre nos deux pays. Je tiens tout particulièrement aujourd’hui à me féliciter de l’arrestation ce matin en Seine-Saint-Denis de deux membres des GRAPO, arrestations qui font suite à un long travail d’investigation mené en étroite coopération entre la France et l’Espagne.
Contre l’ETA, notre action porte ses fruits et le travail qui a été mené tout au long des dernières années et des derniers mois, a permis de porter ses fruits. Les équipes communes d’enquête qui ont été mises en place en 2004 ont permis de nouvelles arrestations, en particulier à haut niveau au sein de l’organisation. Donc, sur ce sujet, la lutte contre le terrorisme, il n’appartient à aucun moment à la France d’interférer dans ce que sont les affaires intérieures espagnoles. Notre coopération c’est bien une coopération dans la lutte contre le terrorisme et à aucun moment celui de nous immiscer dans un quelconque dialogue qui puisse se développer entre l’Espagne et ces mouvements. Donc, je le redis, il s’agit purement d’une coopération dans la lutte contre le terrorisme et la France n’a pas vocation à aller plus loin.

Q : Quel est l’accord auquel on est arrivé sur l’interconnexion énergétique ?

Bien sûr, pour nos deux pays c’est une priorité, une priorité pour répondre aux besoins crées par le dynamisme économique de la Catalogne, la croissance des consommations en Languedoc-Roussillon, et l’arrivée du TGV entre Perpignan et Barcelone c’est aussi un élément important pour mieux sécuriser l’alimentation électrique de part et d’autre.
Nous avions fixé à Perpignan, lors du sommet en 2001, un objectif qui est de porter la capacité de l’interconnexion à hauteur de 4000 mégawatts. Nous restons fidèles à cet objectif, le président du gouvernement espagnol l’a dit, aucun tracé n’a encore été arrêté de manière définitive. Nous souhaitons au préalable définir toutes les mesures environnementales et les meilleures procédures de consultation des populations concernées dans le respect, bien sûr, de nos législations nationales, et nous souhaitons avoir un soutien politique régional fort mais nous restons bien sûr engagés à avancer sur cette question.

Q : Avez-vous eu l’occasion d’évoquer les dossiers de politique étrangère notamment sur la région du Proche-Orient, l’Irak, le Liban. D’autre part, quels sont les efforts que vont entreprendre la France et l’Espagne pour relancer le processus Euroméditerranéen durant le sommet qui va avoir lieu fin novembre ?

Les deux ministres des affaires étrangères ont bien sûr rapporté les travaux qui ont été les leurs pendant cette session. Ils ont donc évoqué la situation du Proche-Orient, la situation de l’Irak, pour se féliciter de la tenue du référendum en espérant bien sûr que tout ceci se situera dans une perspective d’amélioration de la sécurité dans la région. Vous le savez, il y aura une prochaine étape d’ici la fin de l’année, que seront les élections générales. Il faut donc tout faire pour conforter l’amélioration de la sécurité dans la région. Nous connaîtrons dans les prochains jours, au milieu de la semaine, les résultats proprement dit du référendum et tous les efforts doivent aller dans le même sens. Et vous savez que la France tient l’idée d’avancer vers un projet de conférence régionale internationale qui permettra véritablement d’associer l’ensemble des pays voisins, puisque c’est une nécessité. Conforter un processus de sécurisation en Irak suppose que l’ensemble des pays puisse apporter leur soutien.
Dans le domaine Euroméditerranéen nous aurons la chance, bien sûr, avec le prochain sommet de redonner une nouvelle impulsion. Je crois que, de part et d’autre, nous partageons l’ambition de remettre véritablement l’ensemble des Etats au travail, sur cet objectif commun Euroméditerranéen. L’Europe a, bien sûr, de ce point de vue, une vocation particulière à avancer. La France et l’Espagne qui sont toutes les deux directement concernées ont un rôle clef, un rôle essentiel pour avancer sur ces projets donc tout au long des prochaines semaines, nous continuerons à nous coordonner sur la préparation de ce sommet.

Q : Monsieur de Villepin, vous dites soutenir l’idée espagnole d’une conférence Europe/Afrique sur l’immigration, concrètement, comment la France peut aider, justement pour cette conférence, vis à vis notamment de ses traditionnels partenaires africains ?

Il n’y a aucune incompatibilité, bien au contraire. Nous avons une relation très ancienne avec l’Afrique et forts de cette relation, nous sommes convaincus qu’il n’y a pas de raccourci qui puisse permettre d’être efficace dans une politique d’immigration. C’est au contraire une grande ambition et l’Europe a développé au fil des dernières décennies quelques grandes politiques. La conviction qui est celle de la France, que défend le Président de la République et que je défends avec le gouvernement, est que nous avons besoin d’une grande politique d’immigration qui comporte différents volets, certains incitatifs, d’autres plus répressifs dans le domaine du contrôle des frontières. Nous devons utiliser l’ensemble des moyens mais nous ne ferons pas l’économie d’une politique ouverte, généreuse dans le domaine du co-développement, qui soit véritablement dans l’intérêt des deux pays. Alors, qu’il y ait un volet coopération, développement, qu’il y ait un volet contrôle des frontières, c’est essentiel. Contrôle des frontières pour aider ces pays à faire en sorte qu’il n’y ait pas d’hémorragie vers le nord. Aider les pays de transit à mieux contrôler leurs propres frontières afin d’éviter qu’ils ne tentent des aventures dont on a vu qu’elles comportaient souvent tant de drames. Et développer aussi un volet qui est celui de la politique de sécurité parce que c’est un problème auquel nous nous heurtons, qui est un élément central dans nos préoccupations mais aussi un élément de préoccupation pour les pays du sud et, de la même façon, pour une véritable politique de l’emploi. Donc, vous le voyez, il y a plusieurs domaines qui doivent être conjugués ensemble pour faire une grande politique de l’immigration, ce n’est pas une politique que l’on peut mener à l’échelle d’un Etat seul, ce n’est pas une politique qu’on peut mener dans le cadre de relations strictement bilatérales, c’est une politique qui implique véritablement l’engagement de l’Europe. Bien sûr, la France, dans les relations qu’elle a avec l’Afrique dans le cadre des rencontres régulières, des sommets entre la France et l’Afrique, fera avancer, fera des propositions et l’objectif c’est bien, avec nos amis espagnols, de mettre ensemble nos idées pour aboutir à une véritable proposition formelle lors du prochain sommet européen. Je crois que nous avons besoin d’aller plus loin, de franchir une étape et de faire en sorte que chacun prenne ses responsabilités. Tous nos pays sont confrontés aujourd’hui à cette question de l’immigration, nous devons la traiter avec courage, avec audace, avec imagination. C’est dire que plusieurs de ses politiques, qui souvent sont utilisées chacune séparément, doivent être reliées pour une véritable ambition partagée de part et d’autre de la méditerranée.

Q : Vous avez évoqué la grippe aviaire, est-ce qu’il est possible de savoir quel est votre sentiment par rapport au discours alarmiste tenu ces dernières heures, puisque on a entendu dire que certains redoutaient plusieurs milliers de victimes. Est-ce que vous partagez cette crainte ? Est-ce que vous partagez ces chiffres ?

Nous avons décidé de travailler très en amont de cette crise, dans la définition d’un plan national contre la grippe aviaire. Nous avons choisi aussi une coordination très étroite avec l’ensemble des pays de l’Union européenne. Donc c’est bien sûr la vigilance, c’est l’anticipation pour disposer de l’ensemble des moyens, l’ensemble des outils qui sont indispensables face à une telle menace et vous le voyez bien, nous avons évoqué la situation de l’Afrique. Il faut porter loin notre préoccupation, faire en sorte que dans nos anticipations nous soyons capables véritablement de prendre l’ensemble des mesures indispensables compte tenu des risques qui existent.

Merci.

Dernière modification le 01/12/2005

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