Entretien du Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes sur France 2 [es]

Entretien de M. Clément Beaune, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargé des affaires européennes, avec "France 2", sur : la politique étrangère, le COVID-19, l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Plan de relance, et la Biélorussie.

Paris, 24/08/2020

Q - Bonjour, Clément Beaune.

R - Bonjour.

Q - Quand on est secrétaire d’Etat aux affaires européennes, on est obligé, forcément, de se réjouir même quand le Bayern l’emporte face au PSG ?

R - On admet, quand même, une petite tristesse, même une grande tristesse, comme Parisien et comme Français, parce qu’il y a eu un beau parcours, on y croyait, on n’était pas loin, surtout en première mi-temps. Et puis, à la fin, on salue l’Europe qui gagne et le fair-play oblige à saluer la victoire du Bayern.

Q - Alors, on y vient à cette épidémie qui plombe en réalité cette rentrée : Italie, Espagne, je le disais, Allemagne, mais aussi Belgique, France naturellement, l’épidémie repart à la hausse partout en Europe. L’Europe est confrontée à une vraie reprise de l’épidémie. C’est ça, le principal péril auquel nous sommes confrontés, les uns et les autres ?

R - Oui, c’est un grand risque qui ne concerne d’ailleurs pas seulement l’Europe, mais qui concerne de nouveau l’Europe. On le sait, le virus n’a jamais disparu. Nous ne sommes pas dans la même situation, heureusement, que celle que nous avons connue, collectivement, en Europe au printemps. Parce que, d’abord, la reprise n’est pas au même niveau ; parce que nous sommes aussi mieux préparés, mieux équipés. Et en cette rentrée, avec un certain nombre de collègues du gouvernement, notamment Olivier Véran, nous nous coordonnons avec les pays européens pour évaluer les risques et se préparer au mieux.

Q - Vraiment, vraiment, vous coordonnez ? Parce que quand on voit la façon dont les choses se passent, on voit par exemple que l’Allemagne impose des quarantaines au retour d’Espagne ou de la Croatie, classe Bruxelles dans les zones à risques. On a l’impression que c’est le retour du chacun pour soi, où chacun prend des mesures pour contrer l’épidémie. Où est la concertation européenne, quand on voit des situations comme celles-ci ?

R - Alors, vous avez raison, il faut le dire, il y a des lacunes évidentes de coordination européenne, moins fortes, quand même, je tiens à le dire, qu’au début de l’épidémie. On avait vu, au mois de mars notamment, un vrai chacun pour soi, notamment dans les fermetures de frontières, totales...

Q - C’est quoi qui est différent là ?

R - D’abord il n’y a pas de fermeture généralisée des frontières européennes, donc il faut le dire. Et il y a une différence fondamentale, c’est que, le principe est qu’on circule librement au sein de l’espace Schengen, donc dans notre espace européen ; en revanche, à l’extérieur, pour se protéger, parce que c’est différent, ce n’est pas notre bassin de vie, il y a des mesures de fermeture beaucoup plus strictes. Maintenant, vous avez raison...

Q - Librement, mais avec des quarantaines quand même !

R - Avec un certain nombre de restrictions, effectivement, quelquefois des quarantaines pour certains pays. La vraie lacune, c’est quoi, pour être honnête, c’est que nous n’avons pas les mêmes données, ou les mêmes évaluations. C’est-à-dire, il n’y a pas un centre européen, une agence européenne, qui dit "voilà, la situation est à risque à tel endroit, dans tel département, etc...". Et donc ça, c’est une carence. On essaye d’y travailler. C’était à l’ordre du jour de la chancelière Merkel et du président de la République, jeudi. On va, entre la France et l’Allemagne, porter l’initiative pour essayer d’avoir les mêmes analyses.

Et puis il y a un dernier point, je veux quand même que l’on différencie deux sujets. Il y a parfois un manque de coordination, c’est vrai. On va essayer de l’améliorer, dès cette semaine d’ailleurs avec Olivier Véran. Et puis il y a aussi parfois une différenciation, ce qu’on appelle cacophonie au niveau européen, c’est aussi parce qu’on essaye justement d’éviter des mesures générales restrictives. Evidemment, on évite le reconfinement généralisé, on différencie par territoires... C’est ça aussi, parfois, qui donne l’impression d’un patchwork. Mais c’est aussi parce qu’on essaye de ne pas imposer des restrictions à tout le monde....

Q - On en impose, nous, des restrictions par exemple, à d’autres pays européens, la France ?

R - On impose, on a un certain nombre de recommandations. Par exemple, de ne pas voyager, on l’a dit, au début de l’été, le Premier ministre l’a dit, en Catalogne, par exemple. Mais c’est un bon exemple...

Q - Mais il y a des quarantaines, par exemple, qui sont imposées par la France à d’autres pays européens ?

R - Alors, on l’a dit, avec le Royaume-Uni. Le Royaume-Uni, de manière peu coopérative, très franchement, a imposé aux voyageurs français, et à d’autres d’ailleurs, comme les néerlandais, une mesure de quarantaine. Et ce sera au menu du Conseil de défense demain : nous aurons une mesure, qu’on appelle de réciprocité, pour que nos amis britanniques ne ferment pas la frontière dans un seul sens. Cela n’aurait pas beaucoup de sens.

Q - Donc il y aura une quarantaine qui sera imposée aux Britanniques dans les jours qui viennent ?

R - Il y aura, pour les voyageurs qui reviennent du Royaume-Uni, sans doute, des mesures de restriction. C’est à décider dans les prochains jours par le Premier ministre et par le Conseil de défense.

Q - D’ailleurs, est-ce que c’est le principal péril, aussi, pour l’économie européenne ? On va parler du plan de relance qui a été reporté. Est-ce que la zone euro, est-ce que l’Europe d’une manière générale, pourrait encaisser des mesures de reconfinement et une deuxième phase forte de l’épidémie ?

R - On l’a dit, c’est exactement pour cette raison aussi, qu’on essaye d’éviter une mesure générale, qui serait, sur le plan sanitaire, lui-même d’ailleurs, sur le plan de l’éducation, mais aussi sur le plan économique, catastrophique. Et donc, on a une situation économique qui est déjà très difficile, il ne faut pas se le cacher. On a une réaction européenne qui, cette fois, parce que cela n’a pas toujours été le cas dans les crises précédentes, a été rapide, à la hauteur. C’est le fameux plan de relance européen de 750 milliards d’euros. On va éviter d’aggraver la situation économique, et maintenant apporter cette réponse de relance, la semaine prochaine en France.

Q - La Banque mondiale avertit que la crise peut faire basculer 100 millions de personnes dans l’extrême pauvreté. Combien en Europe ?

R - En Europe, on espère que c’est un peu moins, mais on a un risque de quelques millions de personnes qui, en situation de précarité, ou de pauvreté, vont avoir une situation plus difficile, évidemment, à cause de la crise. Il ne faut pas se mentir, le plan de relance n’empêchera pas une situation difficile, mais il peut permettre à notre économie de rebondir plus vite et de limiter l’effet économique de cette crise.

Q - Clément Beaune, il y a urgence pour faire face à la situation de l’épidémie, mais aussi la situation des conséquences économiques. Alors, on ne comprend pas pourquoi ce plan de relance français a été reporté, d’autant que le plan de relance allemand, il est déjà entré en application. Ça s’est même passé avant les vacances. Pourquoi est-ce qu’on prend autant de temps ?

R - Alors j’insiste : on ne perd pas un jour sur la réponse économique et sur la relance.

Q - Alors qu’est-ce qu’on fait ?

R - D’abord, le plan de relance, il est prêt. Il va être présenté la semaine prochaine. J’ajoute que c’est le plan de relance qui va commencer en 2021, qui sera adossé au budget pour 2021. Donc, qu’on le décale de quelques jours ne change pas son entrée en vigueur, son entrée en application. Et puis surtout, on n’attend pas, ni la semaine prochaine, ni le 1er janvier 2021, pour agir. Il y a des mesures d’urgence qui sont prises depuis le premier jour de la crise, sur le plan économique.

Q - Alors qu’est-ce qu’on fait ? Qu’est-ce que doivent entendre les Français quand on leur dit on va attendre une semaine ?

R - On ne va pas attendre une semaine, on va prendre une semaine pour se concentrer sur la situation sanitaire, expliquer les mesures qui vont rentrer en vigueur en entreprises, à l’école... Et je pense que, pour beaucoup de parents, pour beaucoup de salariés qui reprennent ces jours-ci, ou la semaine prochaine, le chemin du travail, le chemin de l’école ou leurs enfants, c’est important de pouvoir faire cette pédagogie.

Q - Parce qu’il faut convaincre. Parce que vous pensez qu’il peut y avoir des formes de résistance de la part des Français pour porter le masque toute la journée, notamment dans l’entreprise ? Ou pour les enfants, pour porter le masque toute la journée au collège et au lycée ?

R - Bien sûr. Il faut expliquer et convaincre. Parce qu’on doit vivre avec le virus, et donc, il faut prendre les mesures de précaution, de vigilance. Et cela ne se fait pas simplement en le décrétant, cela se fait en expliquant, en expliquant aux employeurs, aux syndicats, aux parents, aux enfants eux-mêmes, aux enseignants, comment ça se passe. C’est légitime qu’il y ait des questions. Tout le monde rentre de vacances, des vacances qui ont parfois été difficiles après une période elle-même qui a été très difficile...

Q - Et une rentrée qui sera difficile ?

R - Une rentrée qui sera compliquée, bien sûr. Difficile sur le plan économique, on l’a dit. À risque sur le plan sanitaire, on le sait. Et qu’il faut bien expliquer sur toutes ces mesures. Donc c’est pour ça, mais j’insiste beaucoup, il y a eu des dizaines de milliards d’euros, de mesures, de chômage partiel, etc... qui sont toujours en place.

Q - Alors, depuis que vous êtes arrivé, vous avez pas mal de dossiers chauds, parmi les dossiers chauds, la Biélorussie. Hier encore, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées, en Biélorussie, contre le dirigeant Alexandre Loukachenko qui reste intraitable. Il accuse l’OTAN et met son armée en alerte. Quel est le scénario que vous redoutez le plus en Biélorussie ?

R - Il faut absolument éviter évidemment une répression qui soit encore plus violente que celle qu’on connaît. Parce que la situation, aujourd’hui, est déjà une situation de répression violente par le pouvoir. On a vu cette mise en scène aberrante et effrayante du président Loukachenko qui veut par-là menacer son peuple. Donc, le premier message européen, c’est d’abord que nous sommes aux côtés du peuple biélorusse.

Q - Ça veut dire quoi, quand on dit ça ?

R - Eh bien, cela veut dire d’abord : quand vous êtes manifestant et que vous risquez votre vie, que vous risquez votre peau, pour la démocratie, pour les droits, je crois que le minimum que les Européens peuvent faire, c’est de témoigner de ce soutien. Il n’y a jamais une solution qui est imposée de l’extérieur, il faut être honnête. Des mobilisations extrêmement courageuses, d’une ampleur inédite dans ce pays, face à un régime extrêmement brutal. Donc, il faut apporter ce soutien. Il y a des mesures de sanctions aussi, qui ont été prises de manière ciblée - pas pour frapper le peuple biélorusse, mais les dirigeants - ces derniers jours, par les pays européens. Et nous continuerons à mettre cette pression sur le pouvoir en place à Minsk pour assurer une transition démocratique le plus rapidement possible.

Q - Merci beaucoup, Clément Beaune.

R - Merci à vous./.

L’interview vidéo sur France 2.

© Photo : RPUE - Représentation Permanente de la France auprès de l’Union européenne.

Dernière modification le 28/08/2020

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